Découvrir l'exposition 09-10/ 3
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L’émigration savoyarde au XIXe siècle

 

Paris, en plein essor industriel attire les expatriés. On y a besoin de main d’œuvre solide pour effectuer les gros travaux et les transformations urbanistiques du Baron Haussmann. Les grands chantiers de construction liés au développement de l’infrastructure industrielle offrent un nouveau modèle de réussite aux jeunes du pays.

Pour la Savoie, la restauration sarde, de 1815 à 1848, est une période de stagnation économique qui ne s’améliorera pas jusqu’en 1860. Parallèlement, entre la fin du XVIIIe et le XIXe siècle, le pays enregistre une forte croissance démographique et compte en 1861 plus de 550 000 âmes.

Il en résulte une recrudescence de l’exode vers la France et plus particulièrement Paris qui devient la ville comptant le plus de Savoyards exilés. Au XIXe siècle, plus de 80% des partants y sont établis (20 000 émigrants en 1834, 42 000 en 1860  et plus de 50 000 au début du XXe siècle). Paris passera ainsi de 670 000 habitants en 1778 à plus d’1 million en 1831 et 1,7 million en 1861.

De fortes colonies existent également à Genève et à Lyon (10 000 émigrés) où les emplois liés au textile et à la soie dominent.

L’émigration du XIXe siècle se prolétarise et la durée des absences tend à s’allonger, pluri annuelle voire définitive. Dans la plupart des villages de montagne, les départs sont nombreux, enlevant jusqu’au tiers de la population masculine.

 

Partir pour quoi faire ?

Les statistiques de 22 655 passeports délivrés en 1838 pour l’ensemble du Duché donnent le profil social de cette émigration. Outre quelques professions libérales, sont privilégiés les métiers d’employé et de salarié, gage de réussite et de sécurité.

La profession la plus mentionnée est celle de journalier (5000 soit 22%), suivie de celles de portiers et gens de maison (3000 soit 13,2%). Viennent ensuite 2000 ouvriers de fabrique (soit 8,8%) et autant de travailleurs de force (crocheteurs, portefaix, déménageurs, porteurs d’eau, de bois dans les étages, livreurs, et brasseurs de farine, cireurs de parquet, etc.). Sont repérés 1500 (soit 6,6%) commis de boutiques, commissionnaire* , magasiniers et manutentionnaires dont les fameux cols rouges de l’hôtel Drouot. 500 voituriers et cochers de fiacre sont également répertoriés.

Au bas de l’échelle, on retrouve les gagne-deniers, occupés à de menus travaux, et à la limite de la mendicité, 200 joueurs de vielle dans les rues. Les petits ramoneurs au nombre de 400 environ ne représentent que 1 à 2% du contingent annuel de migrants. Médecins, avocats financiers, professeurs ne concernent que 1,5% des migrants.

L’émigration savoyarde du XIXe siècle, à quelques exceptions près, recrute uniformément dans les paroisses du Haut Faucigny.

 

                

Les porteurs de farine  

                                        

          

Les cafetiers savoyards de Paris

 

 * Les métiers de commissionnaires recouvrent au XIXe siècle, de nombreux domaines où le Savoyard agit comme coursier ou porteur. Parmi eux se distinguent les fameux commissionnaires de l’Hôtel Drouot.

Si à cette époque des petits métiers de Paris disparaissent après les événements des deux Guerres Mondiales, ce dernier métier au parfum d’autrefois continue de subsister de nos jours.

 

 

Les cols rouges de l’Hôtel Drouot

 

 

On les appelle 47, 56, 97, à Drouot, pas de nom, parfois un surnom, mais juste un numéro brodé sur le col rouge de leur veste noire. Ils sont 110 au total. Tous Savoyards, les commissionnaires de l’Hôtel Drouot forment une confrérie unie au parfum d’autrefois. Déménager les lots, les étiqueter, les ranger, les exposer, les présenter en salle, les remballer ou les livrer, les Savoyards de Paris ont la réputation de travailler vite et sans casse, tout en connaissant la culture des styles et des valeurs du marché de l’art...

 

Les cols rouges de l'Hôtel Drouot

 

Extrait catalogue exposition 2009 / 2010

 

 

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Salle emigrations du 19e
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